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2019-2020

Une frontière n’est pas un mur

Lycée Albert Camus - Rillieux-la-Pape (69140)

Une classe de 1ère générale dont tous les élèves, 35, suivent l’enseignement de la spécialité HGGESP



Gravure
Gravure

Frontière
Frontière

Frontière
Frontière

Graver
Graver

Graver
Graver

Graver
Graver

Graver
Graver

Matrices
Matrices

Gravure
Gravure

Gravure
Gravure

Coordonnateur
Hervé TUGAUT, professeur d’Histoire Géographie et de la spécialité HGGPSP (Histoire-géographie, géographie politique et sciences politiques)

Enseignants impliqués
Franck Belpois, Français et professeur relais à l’URDLA
Catherine Palénius, professeur documentaliste

Disciplines
Histoire-Géographie
Lettres



Partenaires

URDLA (207, rue Francis-de-Pressencé, 69100 Villeurbanne)
Maïté Marra, artiste et chercheuse



Description du projet

Le projet "Une frontière n'est pas un mur" est un projet multidisciplinaire et transversal pour une classe de 35 élèves de première générale.
Ancré dans les apprentissages des cours de spécialité H2GSP et de Français, le projet mêle les démarches et les regards dans une perspective plastique.
Qu’est-ce qu’une frontière ? Comment la penser ? La ressentir ? La comprendre ? La dire ? La dépasser ? Comment enfin la représenter ?

Accompagnés toute l’année par l’artiste Maïté Marra, les élèves ont questionné la notion de frontière à toutes les échelles dans le but de réaliser une gravure, résultat de leur réflexion et de leur cheminement artistique.

Il s’est donc agi pour chaque élève de conjuguer une double expérience : une expérience de création (observation, écoute, recueil d’informations, choix de documents, choix de techniques, de supports, réalisation, etc.) et une expérience d’écriture de récit personnel sur la notion de frontière.

La réflexion a été nourrie en classe par la discussion autour d’œuvres présentées par Maïté Marra (Ackerman, Roskens, etc.), et par des travaux d’observation, d’appréhension et d’analyse des espaces frontières locaux. Les élèves ont pour cela réalisé une visite urbaine dans Rillieux afin d’appréhender les frontières de leur environnement et en réaliser une cartographie plastique en classe.
Les élèves ont également suivi une visite thématique de la Biennale d’art contemporain « Là où les eaux se mêlent » autour de la notion de frontière et ont pu découvrir le travail réalisé au sein d’URDLA.
Le cheminement intellectuel, pratique et sensible des élèves avec Maïté Marra a été d’une grande richesse pour parvenir à la réalisation à URDLA d’une gravure individuelle lors d’ateliers de pratique. Mais il s’agit aussi d’une expérience collective. C’est pourquoi, selon l’intention de l’artiste et compte-tenu de l’adhésion des élèves, un livre est réalisé à URDLA, conjugaison des gravures et des textes des élèves pour constituer un objet singulier dont chaque élève garde un exemplaire.



Organisation

1er trimestre :
• Découverte des notions et concepts ainsi que des artistes, des œuvres, des démarches et des modes d’expression artistique.
• Découverte de l'URDLA et des techniques de l'estampe (avec les trois enseignants).
• Visite de la Biennale d'art contemporain (Usines Fagor et exposition Raùl D. à l’URDLA).

2e trimestre :
• Processus de narration et d’écriture.
• Apprentissage de l’expérience de création (exercice du regard, perception, collecte d’information, analyse des pratiques, des modalités d’expression, des techniques, etc.).
• Poursuite de la découverte et de l’analyse d’œuvres en lien avec la thématique.

3e trimestre :
• Ateliers de pratique artistique avec l'artiste à l'URDLA pour réalisation du livre.
• Confection du livre, réalisation d’un carnet de projet électronique.
• Restitution et présentation des travaux au CDI.


Ce texte est un extrait d’un article publié en ligne sur La Gazette d’URDLA à propos du seul des quatre ateliers de pratique artistique mené à terme, le vendredi 13 mars, dernier jour d’école avant le confinement ; ce texte parle des ateliers de pratique artistique, ici plastique, comme des lieux et des moments de rencontre.
(https://urdla.com/blog/c/gazette/)

Premier point, l’enseignant rencontre des élèves sous un autre jour, avec un éclairage qui change la perception qu’il peut en avoir, laquelle est souvent biaisée et incomplète car prisonnière d’un prisme purement scolaire induit par l’institution : la salle de cours, les exigences attendues, les obligations contractuelles de part et d’autre, la difficulté à les tenir de part et d’autre aussi. Je rencontre alors un nouvel élève que je n’avais pas pris le temps de voir ou qu’aucune occasion ne m’a permis de deviner ou alors très vaguement. Ce nouvel élève, il est devant moi, surprenant, notamment car il sourit, il est concentré et il aime ce qu’il est en train de faire avec un réel, et rare, enthousiasme. Il se joue alors quelque chose de régulièrement miraculeux : l’atelier de pratique artistique à URDLA me permet de découvrir d’un élève, que je vois pourtant souvent, un autre point de vue qui change la donne. Il y a des élèves qui ne lâchent rien d’eux-mêmes, dont je ne sais pas grand-chose, juste le minimum vital pour que le cours puisse fonctionner et l’année se passer ; et à travers leur gravure, j’entraperçois quelque chose sur eux, mettons comme un bout d’univers personnel, quel qu’il soit, quelque chose comme une porte entrouverte, pas une invitation, juste ça, l’autorisation du coup d’œil.

La rencontre aussi avec leurs mains que je vois faire autre chose qu’écrire, que faire le bâton de majorette avec leur stylo, que rechercher leur portable discrètement, que dessiner et s’évader. Mine de rien, là aussi je vois une habileté parfois nouvelle et surprenante, souvent inattendue et déliée, une dextérité que je ne soupçonnais pas car trop focalisé sur les seuls résultats scolaires.

L’autre rencontre, évidemment plus intense, c’est celle que l’élève fait avec la pratique et partant avec lui-même. L’activité est pour lui nouvelle la plupart du temps, surtout pour un élève de lycée qui ne suit plus l’enseignement d’Arts Plastiques. Il est là, méchamment concentré, plaque de lino ou de plexi, gouges, stylets, à graver, à poser des questions très techniques à l’artiste et aux médiateurs, à imaginer quel sera le résultat imprimé, à réfléchir et là, il change de statut, il devient pour un temps donné un artiste en ceci qu’il est totalement responsable et maître de son projet du début jusqu’à la fin, seul maître à bord ; on l’a aidé, guidé, conseillé, mais durant cet atelier c’est à lui de jouer et il le fait sur un temps bref, pas loin de deux heures, durant lesquelles il a le droit de parler, de rire, de se lever, d’aller voir d’autres élèves, de commenter, de conseiller, de demander conseil en retour. Les Archives où se passent l’atelier deviennent une salle de cours rêvée, un espace de liberté de mouvements, de gestes, un lieu joyeux et en même temps un lieu d’apprentissage, de concentration, de carburation, avec de vrais questionnements sur une pratique qui alors fait pleinement sens à leurs yeux (Et si je fais ça comme ça, alors j’obtiendrai quoi après ? Et comment je peux créer un peu de mouvement ? Quand est-ce que je m’arrête de graver ? À partir de quand mon œuvre est-elle finie ? Est-ce que je vais obtenir cet effet ?). Pas impossible alors que pédagogiquement ce soit le cours parfait, c’est-à-dire celui où l’élève est à la fois dans un rapport d’intuition heuristique avec ce qu’il est en train de faire, de tâtonnement efficace, et d’appropriation rapide d’éléments extérieurs (on lui dit comme obtenir tel effet souhaité sur l’image imprimée) et de réemploi immédiat et intelligent de ce qu’on vient de lui dire ; cours parfait car il s’est approprié quelque chose, ici à la fois une technique et le résultat de cette compétence, et il l’a fait de lui-même, au cœur de l’action même de la gravure et en plus, avec le sourire.

Autre vraie rencontre, celle que l’élève va faire avec le résultat de son travail, quand il soulève délicatement la feuille pour découvrir sa gravure. Ça peut ne pas marcher à tous les coups, il peut être surpris, se croire trop loin du résultat attendu, mais il l’a fait, il le montre, les autres veulent voir, il y a des commentaires, l’élève-graveur est alors capable d’interpréter son travail, de justifier ses parti-pris, de donner du sens à sa gravure, d’expliquer même un point technique ; il fera des photos, des selfies avec sa gravure et tout cela va circuler. Et comme il va repartir avec sa matrice et ses estampes, il va les montrer quand il sera rentré chez lui : il parlera de son projet, du résultat dont il est souvent à juste titre fier, il expliquera comment il a fait, brusquement pointu sur la technique de la taille d’épargne, ce qu’il aurait voulu obtenir, mais pas toujours possible pour telle ou telle raison ; il va décrire le lieu, l’atmosphère, l’ambiance plutôt festive, les différentes gouges et comment il s’est mis plein d’encre sur les doigts, relater une anecdote. URDLA permet ce genre de miracles et la constitution d’instants précieux, mémorables et (peut-être) fondateurs.

Tout ça pour dire aussi que depuis cette date, je n’ai pas revu les élèves, on n’a pas reparlé de cet atelier ; les priorités du moment, confinement, difficultés à organiser des cours efficaces, incertitude sur l’évaluation finale des élèves, ont fait que cet atelier n’a pas, actuellement, de résonnances ni d’échos. Évidence à dire cela, mais le confinement casse une dynamique et laisse les choses en plan, fragiles et difficilement retrouvables comme tel, cela veut dire que cette énergie-là, présente le vendredi 13 mars 2020, après-midi noyée de soleil, dernier jour d’école avant une date qu’on ne connaît pas, s’est estompée, diluée et que c’est désormais le temps de la fadeur avec l’amertume de l’inachèvement et le sale goût de la fête annulée, comme si brusquement, on se retrouvait à la fin d’un automne morne, sans avoir eu les lumières de l’été.

Mais actuellement, Maïté Marra, Hervé Tugaut, l’équipe d’URDLA cherchent un moyen pour finir ce projet sous une forme numérique à partir des gravures réalisées par un groupe et des ébauches de l’autre groupe qui n’a pu le faire : il s’agit faire en sorte que la trace mémorielle se double d’une trace plus concrète — celle des gravures réalisées, des matrices travaillées, du résultat final, même numérique — afin que ce projet ne disparaisse pas sous le poids d’une actualité dramatique, nouvelle pour chacun d’entre nous et à laquelle il n’y a pas d’échappatoire possible. Et que disparaisse aussi l’amertume, tenace, de l’inachèvement d’un beau projet.






Contact

Hervé Tugaut

pour école de la confiance